Documents obligatoires du transport routier de marchandises
Ce guide s'adresse à qui manipule ces documents tous les jours : exploitation, quai, réception, service litiges, comptabilité fournisseurs. Vous y trouverez chaque famille de documents, les mentions de la lettre de voiture champ par champ avec ce qui casse en aval quand elles sont fausses, le régime des réserves et de leurs délais, et la façon dont le document devient une facture payable. Comptez un peu plus de vingt minutes de lecture, et gardez le tableau de la section 3 comme référence.
À quoi servent les documents du transport
Un document de transport sert à trois choses, et à trois choses seulement : prouver ce qui a été convenu, prouver ce qui a été fait, et prouver dans quel état la marchandise se trouvait à chaque changement de mains. Tout le reste, y compris la facturation, en découle. C'est pourquoi une mention fausse ne produit pas un défaut administratif : elle produit une facture non contrôlable, ou un recours perdu.
| Famille | Documents concernés | Ce qu'elle prouve | Qui la produit |
|---|---|---|---|
| Documents qui accompagnent la marchandise | Lettre de voiture nationale, lettre de voiture internationale, état récapitulatif, bon de livraison | Prouver le contrat, son exécution et l'état de la marchandise | Le transporteur établit, l'expéditeur renseigne, le destinataire contresigne |
| Documents liés au véhicule et à l'entreprise | Titre administratif de transport, justificatif de location, éléments de preuve de cabotage | Prouver le droit d'exercer et la régularité de l'opération | L'entreprise de transport |
| Documents liés au conducteur | Attestation de conducteur, carte de conducteur du chronotachygraphe, permis et attestations de formation | Prouver l'habilitation et le respect des temps de conduite | L'employeur et le conducteur |
| Documents liés à la nature de la marchandise | Document de transport de matières dangereuses, consignes écrites, attestation de conformité pour la température dirigée | Prouver la conformité du transport à un régime particulier | L'expéditeur pour le contenu, le transporteur pour l'engin |
| Documents liés au franchissement de frontière | Déclarations douanières, certificats d'origine, documents d'accompagnement propres à certaines marchandises | Permettre le dédouanement et l'application du régime tarifaire | L'expéditeur, souvent par l'intermédiaire d'un représentant en douane |
Ce guide est une page de référence, et il ouvre trois sujets qui méritent chacun un traitement complet. Deux d'entre eux n'existent pas encore, et la page l'annonce plutôt que de pointer vers du vide.
- La preuve de livraison, ses formes et sa valeur probanteGuide à paraître
- La facturation du transport : déjà traitée dans le guide sur le contrôle des factures de transport, qui reprend la méthode de rapprochement et le traitement des écarts.
- Les litiges de transport, perte, avarie et retardGuide à paraître
Périmètre : transport routier de marchandises, intérieur et international. La construction du prix en amont est traitée dans le guide sur la cotation transport.
Nationale et internationale : deux régimes, un même objet
En transport intérieur, un arrêté fixe les mentions que la lettre de voiture doit comporter au minimum : la date de son établissement ; le nom, l'adresse et le numéro d'identification du transporteur ; la date de prise en charge de la marchandise ; sa nature et sa quantité, son poids ou son volume ; le nom de l'expéditeur ou du remettant ; l'adresse complète du lieu de chargement ; le nom du destinataire ; l'adresse complète du lieu de déchargement. Lorsqu'un même transport comporte plusieurs chargements ou déchargements, une seule lettre de voiture peut être établie, mais au minimum par jour, accompagnée d'un état récapitulatif détaillant les quantités par opération.
Source : Arrêté du 9 novembre 1999, articles 4 et 5.
En transport international, la convention relative au contrat de transport international de marchandises par route, dite CMR, impose une liste plus longue, énumérée à son article 6, et une forme précise : la lettre de voiture est établie en trois exemplaires originaux, signés par l'expéditeur et par le transporteur. Le premier est remis à l'expéditeur, le deuxième accompagne la marchandise, le troisième est retenu par le transporteur. Les signatures peuvent être imprimées ou remplacées par les timbres des parties si la législation du pays d'établissement le permet.
À la prise en charge, le transporteur a une obligation de vérification. Il doit contrôler l'exactitude des mentions relatives au nombre de colis, à leurs marques et à leurs numéros, ainsi que l'état apparent de la marchandise et de son emballage. S'il n'a pas de moyens raisonnables de vérifier, il inscrit des réserves, qui doivent être motivées. L'expéditeur peut par ailleurs exiger la vérification du poids brut ou du contenu des colis, le transporteur pouvant en réclamer les frais, le résultat étant consigné sur la lettre de voiture.
Une mention mérite une attention particulière parce qu'elle n'a pas d'équivalent national : l'indication que le transport est soumis, nonobstant toute clause contraire, au régime de la convention. Si la lettre de voiture ne la porte pas, le transporteur est responsable de tous frais et dommages que subirait l'ayant droit à la marchandise en raison de cette omission.
Chaque mention, son propriétaire, et ce qui casse en aval
C'est le cœur de la page. Le tableau réunit les mentions minimales de la lettre de voiture intérieure et celles de la lettre de voiture internationale, en indiquant pour chacune qui la renseigne, quel système l'utilise plus loin dans la chaîne, et ce qui se casse concrètement lorsqu'elle est fausse ou absente. La colonne de droite est la seule qui intéresse vraiment un exploitant : c'est la panne, pas la règle.
| Mention | Origine | Qui la renseigne | Système qui la consomme | Ce qui casse si elle est fausse ou absente |
|---|---|---|---|---|
| Date d'établissement du document | National et CMR | Le transporteur | Référentiel des expéditions, calcul des délais | Impossible de déterminer quelle version de grille tarifaire s'applique, ni le point de départ des délais |
| Lieu d'établissement | CMR seulement | Le transporteur | Détermination du régime applicable | Le rattachement de l'opération à une législation devient discutable |
| Nom et adresse de l'expéditeur | National et CMR | L'expéditeur | Facturation en port payé, recours | La facture part au mauvais débiteur, et le recours se prescrit contre la mauvaise partie |
| Nom, adresse et numéro d'identification du transporteur | National | Le transporteur | Comptabilité fournisseurs, contrôle de la sous-traitance | En sous-traitance en cascade, impossible de savoir qui a réellement exécuté, donc contre qui agir |
| Nom et adresse du destinataire | National et CMR | L'expéditeur | Livraison, preuve de livraison, facturation en port dû | Livraison à la mauvaise entité, et une preuve de livraison qui ne prouve rien |
| Adresse complète du lieu de chargement | National | L'expéditeur | Zone tarifaire, kilométrage, plan de transport | La zone retenue est fausse, donc le prix de base est faux sur toute la relation |
| Adresse complète du lieu de déchargement | National et CMR | L'expéditeur | Zone, délai, facturation | Même effet que pour le chargement, et un écart systématique entre l'adresse facturée et l'adresse servie |
| Date de prise en charge de la marchandise | National et CMR | Le transporteur | Calcul du délai, prescription, version tarifaire | Le retard devient indémontrable et le point de départ de la prescription incertain |
| Lieu prévu pour la livraison | CMR | L'expéditeur | Plan de transport, délai convenu | Un changement de destination en cours de route ne se distingue plus de l'exécution prévue |
| Dénomination courante de la nature de la marchandise et mode d'emballage | National et CMR | L'expéditeur | Régime applicable, assurance, instructions de chargement | Impossible de savoir si un régime particulier s'applique, et l'emballage défectueux ne se rattache à personne |
| Nombre de colis, marques particulières et numéros | CMR | L'expéditeur, vérifié par le transporteur à la prise en charge | Contrôle à la livraison, réserves, réconciliation avec le magasin | Un manquant ne peut pas être constaté, puisqu'il n'existe aucune quantité de référence |
| Poids brut, ou quantité autrement exprimée | National et CMR | L'expéditeur, vérifiable par le transporteur sur demande | Taxation, plafond d'indemnité | Le poids taxable est faux, et le plafond d'indemnité aussi, puisqu'il s'exprime au kilogramme |
| Frais afférents au transport | CMR | L'expéditeur et le transporteur | Facturation, valeur en douane | La facture ne se rapproche d'aucune donnée du document d'expédition |
| Instructions requises pour les formalités de douane | CMR | L'expéditeur | Dédouanement | Immobilisation à la frontière, dont le coût n'est prévu dans aucun prix |
| Mention de la soumission au régime de la convention internationale | CMR | Le transporteur | Régime de responsabilité | Le transporteur répond des frais et dommages que l'ayant droit subirait du fait de cette omission |
| Réserves motivées du transporteur à la prise en charge | CMR | Le transporteur | Litiges, assurance | Sans réserves, la marchandise est présumée avoir été prise en charge en bon état apparent et conforme aux énonciations du document |
| Signatures de l'expéditeur et du transporteur | CMR | Les deux | Valeur probante du document | Le document perd sa force de preuve des conditions du contrat et de la réception de la marchandise |
| Réserves du destinataire à la livraison | National et CMR | Le destinataire | Litiges, blocage de facture | La marchandise est présumée reçue dans l'état décrit au document, et l'action est éteinte ou fortement compromise |
| Heures d'arrivée et de départ aux lieux de chargement et de déchargement | National | Le transporteur, contresigné sur place | Facturation du temps d'attente et de l'immobilisation | Aucun dépassement de durée de mise à disposition n'est démontrable, donc aucun n'est payé |
| Prestations annexes effectuées | National | Le transporteur, contresigné sur place | Facturation des accessoires | Les accessoires se facturent sans support et se contestent ligne par ligne |
Source : Arrêté du 9 novembre 1999, article 4 ; convention CMR du 19 mai 1956, articles 5 à 9 ; code des transports, article L3222-5.
Trois lignes de ce tableau valent un commentaire. Le poids brut est la seule donnée qui commande à la fois le prix et le plafond d'indemnisation, puisque les deux s'expriment au kilogramme : une erreur de poids se paie deux fois. Le nombre de colis avec leurs marques et numéros est la seule donnée qui rende un manquant constatable, ce qui explique qu'un envoi non détaillé produise des litiges indéfendables. Enfin, les horodatages d'arrivée et de départ sont les seules mentions qui ne servent à rien au transport lui-même et tout à sa facturation.
Forme, précision et délais, en national et en international
Les deux régimes coexistent et ne se ressemblent pas. Le régime intérieur repose sur une fin de non-recevoir : la réception de la marchandise éteint l'action contre le transporteur pour avarie ou perte partielle si le destinataire n'a pas notifié sa protestation motivée dans le délai. Le régime international repose sur une présomption : sans réserves, la marchandise est présumée reçue dans l'état décrit à la lettre de voiture, et la preuve contraire reste possible.
| Situation | Transport intérieur | Transport international |
|---|---|---|
| Perte ou avarie apparente | Protestation motivée dans les trois jours, jours fériés non compris, qui suivent celui de la réception, par acte extrajudiciaire ou lettre recommandée | Réserves adressées au transporteur au plus tard au moment de la livraison |
| Perte ou avarie non apparente | Même délai de trois jours et mêmes formes | Réserves écrites dans les sept jours à dater de la livraison, dimanche et jours fériés non compris |
| Retard à la livraison | Régime distinct, qui ne relève pas de la fin de non-recevoir des trois jours | Réserve écrite dans les vingt et un jours à dater de la mise de la marchandise à la disposition du destinataire |
| Constatation contradictoire faite avec le transporteur | Une demande d'expertise formée dans le délai vaut protestation | La preuve contraire au résultat de la constatation n'est recevable que pour les pertes ou avaries non apparentes, et avec des réserves écrites dans les sept jours |
| Perte totale de la marchandise | La fin de non-recevoir des trois jours ne s'applique pas, le texte visant l'avarie et la perte partielle | La prescription part du trentième jour après l'expiration du délai convenu, ou du soixantième jour après la prise en charge à défaut de délai convenu |
| Décompte du délai | Trois jours à compter du jour qui suit celui de la réception, jours fériés non compris | Le jour de la livraison, de la constatation ou de la mise à disposition n'est pas compté dans le délai |
| Clause contraire dans le contrat | Toute stipulation contraire est nulle et de nul effet | Le régime de la convention s'applique nonobstant toute clause contraire |
Source : Code de commerce, article L133-3 ; convention CMR du 19 mai 1956, articles 30 et 32 ; décret n° 2017-461 du 31 mars 2017, annexe, article 9.
Sur la forme, le mot qui compte est « motivée ». Le texte intérieur exige une protestation motivée, notifiée par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée. La convention internationale demande des réserves indiquant la nature générale de la perte ou de l'avarie, et des réserves écrites pour les dommages non apparents. Une formule générale de précaution, qui ne décrit aucun écart constaté, ne répond à aucune des deux exigences.
Deux précisions de calendrier, parce qu'elles se trompent souvent. Le délai intérieur de trois jours ne compte pas les jours fériés et court à partir du jour qui suit celui de la réception. Le délai international de sept jours ne compte ni les dimanches ni les jours fériés, et le jour de la livraison, de la constatation ou de la mise à disposition n'est pas compté dans le délai. Enfin le retard suit son propre régime : en international, il faut une réserve écrite dans les vingt et un jours à dater de la mise de la marchandise à la disposition du destinataire.
Papier, numérisée, dématérialisée
La preuve de livraison n'est pas un document distinct mais un exemplaire du document de transport, signé à la remise. Sa valeur ne dépend donc pas de son support mais de ce qu'elle porte : l'identité du signataire, la date et l'heure, et les réserves éventuelles. Une signature illisible sur un écran et une signature illisible sur du papier posent exactement le même problème.
Sur le support, le droit intérieur est ouvert. Le contrat type général prévoit que le document de transport est établi par écrit ou sur tout support dématérialisé, et qu'il est complété au fur et à mesure de l'opération de transport. Une lettre de voiture native numérique est donc admise en transport intérieur, à condition qu'elle se complète réellement pendant l'opération et non après coup.
En international, la lettre de voiture électronique repose sur un texte distinct : un protocole additionnel à la convention, signé à Genève le 20 février 2008, publié en France par décret. Son usage suppose deux conditions cumulatives que l'on oublie régulièrement : l'accord des parties au contrat, et l'adhésion au protocole des États concernés par la relation. Cela se vérifie relation par relation, pas une fois pour toutes.
Source : Décret n° 2017-1 du 3 janvier 2017 portant publication du protocole additionnel à la convention CMR concernant la lettre de voiture électronique.
Le cadre européen, lui, est en place mais pas encore contraignant pour les autorités. Le règlement sur les informations électroniques relatives au transport de marchandises est applicable depuis le 21 août 2024. Il n'oblige pas les entreprises à passer à l'électronique : il organise l'obligation, pour les autorités compétentes, d'accepter les informations réglementaires transmises par des plateformes certifiées, obligation dont l'entrée en vigueur est prévue en 2027. Jusque-là, un contrôle routier peut continuer d'exiger un document que le conducteur doit pouvoir présenter.
Source : Règlement (UE) 2020/1056 ; Commission européenne, mise en œuvre du règlement.
Le traitement détaillé de la preuve de livraison, de ses formes et des contrôles à mener pour qu'elle soit exploitable fera l'objet de son propre guide : preuve de livraison en transport routierGuide à paraître.
Les documents liés au véhicule, au conducteur et à l'activité
La liste des documents qui doivent accompagner un véhicule exécutant en France un transport routier de marchandises est courte et fixée par le code des transports. S'y ajoutent, selon la marchandise, des documents propres à un régime particulier.
| Document | Quand il est exigé | Précision |
|---|---|---|
| Titre administratif de transport | Tout transport routier de marchandises exécuté en France | Copie certifiée conforme de la licence à bord, l'original restant au siège |
| Lettre de voiture | Tout transport routier de marchandises exécuté en France | Accompagnée le cas échéant de l'état récapitulatif, lorsqu'un seul document couvre plusieurs opérations |
| Justificatif de location du véhicule | Véhicule loué, avec ou sans conducteur | Le cas échéant seulement |
| Attestation de conducteur | Transport international sous licence communautaire par un conducteur ressortissant d'un État tiers à l'Espace économique européen | Document nominatif |
| Éléments de preuve du cabotage | Opération de cabotage | Éléments prévus par le règlement européen sur l'accès au marché du transport international de marchandises |
| Document de transport de matières dangereuses et consignes écrites | Transport relevant de l'accord européen sur le transport de marchandises dangereuses | Le document porte notamment le numéro d'identification de la matière, sa désignation officielle, sa classe et les quantités |
| Attestation de conformité de l'engin | Transport de denrées périssables sous température dirigée | Attestation délivrée après contrôle technique de l'engin, à présenter en cas de contrôle |
Source : Code des transports, article R3411-13 ; arrêté du 9 novembre 1999, article 10 ; ministère chargé des transports, réglementation du transport de marchandises dangereuses ; arrêté du 1er juillet 2008 relatif au contrôle technique des engins de transport de denrées périssables.
Pour les matières dangereuses, deux documents distincts voyagent ensemble et se confondent souvent dans les échanges : le document de transport, qui décrit la marchandise et ses quantités selon les règles de l'accord européen applicable, et les consignes écrites, qui indiquent la conduite à tenir en cas d'incident. Le premier est renseigné à partir des informations de l'expéditeur, le second relève du transporteur. Leur absence ne se rattrape pas en cours de route.
Pour la température dirigée, c'est l'engin qui porte la conformité, pas la marchandise : l'attestation délivrée après contrôle technique doit se trouver à bord et être présentée au contrôle. Une cotation acceptée sans vérifier que l'engin affecté est conforme est une cotation qui ne pourra pas être exécutée régulièrement.
Sur le versant international, deux familles s'ajoutent selon la relation : les documents douaniers et les justificatifs d'origine. Ils sortent du périmètre de ce guide, et ils sont traités séparément pour le certificat d'origine et pour le connaissement maritime lorsque le routier n'est qu'un segment d'une chaîne multimodale.
Ce qui doit concorder pour qu'une facture soit payable
Une facture de transport n'est presque jamais fausse en bloc : elle est juste, sauf deux ou trois lignes. Et ces lignes sont presque toujours celles pour lesquelles le document d'expédition et la facture ne portent pas la même valeur. Le tableau suivant liste les huit points de concordance, dans l'ordre où ils se vérifient.
| Point de concordance | Ce que le document porte | Ce qui se passe en cas d'écart |
|---|---|---|
| Référence d'expédition | Numéro figurant sur le document de transport | Aucun rapprochement automatique n'est possible, et chaque ligne se vérifie à la main |
| Adresses de chargement et de déchargement | Adresses servies, telles qu'elles figurent au document | La zone facturée n'est pas la zone servie, donc le tarif appliqué n'est pas le bon |
| Date d'enlèvement | Date de prise en charge portée au document | La version de grille appliquée peut ne pas être celle en vigueur à l'exécution |
| Poids et nombre de colis | Poids brut et nombre de colis portés au document, corrigés des réserves | Le poids taxable facturé diffère du poids réellement remis, dans un sens ou dans l'autre |
| Prestations annexes | Prestations effectivement constatées sur le document d'exécution | Des accessoires apparaissent sans support, et les accessoires réellement fournis manquent parfois |
| Heures d'arrivée et de départ | Horodatages contresignés sur place | L'immobilisation facturée ne se vérifie pas, et le dépassement réellement subi ne se réclame pas |
| Charges d'énergie de propulsion | Ligne distincte, que la facture doit faire apparaître | L'indexation ne se contrôle pas, faute d'assiette identifiable |
| Numéro du bon de commande | Référence de votre commande, lorsque vous l'avez établie préalablement | La facture n'est rattachable à aucune commande, ce qui est aussi un défaut de mention obligatoire |
Source : Code de commerce, article L441-9 ; code des transports, articles L3222-1 et L3222-5.
Le délai de paiement du transport routier de marchandises est un délai spécifique de trente jours à compter de la date d'émission de la facture. Le contrôle doit donc tenir dans cette fenêtre, sous peine de pénalités de retard sur des factures par ailleurs exactes. C'est la contrainte qui structure toute organisation de contrôle, et c'est aussi pourquoi la qualité documentaire en amont a un effet direct sur la trésorerie en aval.
Source : Code de commerce, article L441-10.
Source : Guide pratique de la facturation électronique, impots.gouv.fr.
La méthode complète de rapprochement, les contrôles ligne à ligne et le traitement des écarts jusqu'à l'avoir sont traités dans le guide sur le contrôle des factures de transport. La construction du prix, en amont, est traitée dans le guide sur la cotation.
Ce que la qualité documentaire change en cas de perte, d'avarie ou de retard
Sans entrer dans le détail juridique, qui fera l'objet d'un guide dédié, trois mécanismes suffisent à comprendre pourquoi la documentation décide de l'issue d'un litige avant que le litige ne commence.
Premier mécanisme, la présomption. À la prise en charge, l'absence de réserves motivées du transporteur fait présumer que la marchandise était en bon état apparent et conforme aux énonciations du document. À la livraison, l'absence de réserves du destinataire fait présumer la réception conforme, et en transport intérieur éteint même l'action pour avarie ou perte partielle passé le délai. Les deux présomptions jouent contre celui qui n'a rien écrit.
Deuxième mécanisme, le plafond. L'indemnité est plafonnée, et le plafond s'exprime au poids. En transport international, l'indemnité ne peut dépasser 8,33 unités de compte par kilogramme de poids brut manquant, et en cas de retard elle ne peut dépasser le prix du transport. En transport intérieur, à défaut de convention écrite, le contrat type général retient 33 euros par kilogramme sans dépasser 1 000 euros par colis pour les envois de moins de trois tonnes, et 20 euros par kilogramme dans la limite du poids brut en tonnes multiplié par 3 200 euros pour les envois de trois tonnes et plus. Une valeur déclarée ou une déclaration d'intérêt spécial à la livraison est le seul moyen de dépasser ces limites, et elle se négocie à la cotation.
Troisième mécanisme, la prescription. Les actions nées du contrat de transport se prescrivent par un an. En international, la convention retient le même délai d'un an, porté à trois ans en cas de dol ou de faute équivalente, avec des points de départ qui diffèrent selon qu'il s'agit d'une perte partielle, d'une avarie, d'un retard ou d'une perte totale. La conséquence opérationnelle est directe : un contrôle annuel rétroactif arrive trop tard sur une partie du périmètre.
Source : Convention CMR du 19 mai 1956, articles 23 et 32 ; code de commerce, article L133-6 ; décret n° 2017-461 du 31 mars 2017, annexe, article 22.
Le traitement détaillé des litiges, de la constitution du dossier jusqu'à l'action, fera l'objet de son propre guide : litiges de transport routierGuide à paraître.
Les erreurs qui coûtent le plus cher
Chacune est décrite par son mécanisme puis par sa conséquence, sans chiffre : le coût dépend entièrement du flux et de la valeur de la marchandise.
Signer la livraison sans réserve pour ne pas retenir le conducteur
Mécanisme. Le déchargement est rapide, la file attend, et la signature se donne avant tout contrôle réel de la quantité et de l'état.
Conséquence. La marchandise est présumée reçue conforme. En transport intérieur, passé trois jours sans protestation motivée, l'action pour avarie ou perte partielle est éteinte, et aucune clause du contrat ne peut rétablir ce délai.
Écrire une réserve de précaution au lieu d'une réserve motivée
Mécanisme. La mention « sous réserve de déballage » ou « sous réserve de vérification » est portée sur le document, par habitude, sans description d'un écart constaté.
Conséquence. Les textes exigent une protestation motivée et des réserves indiquant la nature de la perte ou de l'avarie. La mention ne remplit pas cette condition, mais elle donne au destinataire la conviction d'avoir agi, ce qui retarde la vraie démarche jusqu'à l'expiration du délai.
Accepter un envoi non détaillé en colis
Mécanisme. Le document porte une quantité globale, un poids et parfois un simple nombre de palettes, sans marques ni numéros de colis.
Conséquence. Un manquant devient inconstatable faute de quantité de référence. Le litige existe, la perte est réelle, et le dossier n'est pas défendable, ce qui est la pire des trois situations.
Laisser partir un document sans les horodatages d'arrivée et de départ
Mécanisme. Le conducteur note les heures sur un carnet, ou pas du tout, et le document repart signé sans ces mentions.
Conséquence. Aucun dépassement de durée de mise à disposition n'est démontrable. Le transporteur ne peut pas réclamer l'immobilisation subie, et le chargeur ne peut pas contester celle qui lui est facturée. L'écart se règle au rapport de force.
Perdre la trace de l'entreprise qui a réellement exécuté
Mécanisme. L'opération est sous-traitée, parfois en cascade, et le document ne porte que l'identification du premier prestataire.
Conséquence. Le recours se prépare contre la mauvaise partie. Et dans l'autre sens, avoir payé son commissionnaire ne protège pas d'une action directe du transporteur qui a exécuté, l'expéditeur et le destinataire étant garants du prix du transport.
Traiter une pièce manquante comme une facturation indue
Mécanisme. Le justificatif n'est pas joint à la facture, et la ligne est rejetée comme non justifiée.
Conséquence. Le transporteur détient souvent la pièce sans l'avoir jointe. Le rejet fabrique un litige sur un montant faible, qui sera perdu, alors que la bonne sortie est de qualifier la ligne comme non contrôlable faute de pièce et de la demander.
Source : Code de commerce, article L132-8 : garantie de paiement du transporteur et action directe.
Au chargement, à la livraison, et au contrôle de la facture
Au chargement
- Le document porte une date d'établissement et une date de prise en charge.
- Les deux adresses sont complètes, et non réduites à une ville ou à un nom de site.
- Le nombre de colis, leurs marques et leurs numéros sont portés, pas seulement un poids global.
- Le poids brut est celui pesé, ou déclaré comme déclaratif s'il ne l'est pas.
- Les réserves du transporteur sont motivées, ou l'absence de réserve est un choix conscient.
- Pour un transport international, la mention de soumission à la convention figure au document.
- Le document est signé par l'expéditeur et par le transporteur, et les trois exemplaires sont répartis.
- Les régimes particuliers sont documentés, matières dangereuses et température dirigée comprises.
À la livraison
- Le nombre de colis est compté avant signature, pas après.
- L'état apparent des emballages est regardé, colis par colis sur les envois à risque.
- Toute réserve nomme l'écart, l'unité concernée, la proportion et l'heure.
- Les heures d'arrivée et de départ sont portées et contresignées.
- Les prestations annexes réellement effectuées sont portées sur le document.
- Un exemplaire signé est conservé, sous une forme retrouvable par référence d'expédition.
- En cas de dommage non apparent, la protestation motivée part dans le délai, par une forme admise.
Au contrôle de la facture
- Chaque ligne de facture cite une référence d'expédition qui existe dans votre référentiel.
- Les adresses, la date d'enlèvement, le poids et le nombre de colis concordent avec le document.
- Les accessoires facturés correspondent à des prestations constatées sur le document.
- L'immobilisation facturée se recalcule à partir des horodatages et des durées applicables.
- Les charges d'énergie apparaissent sur une ligne distincte.
- Une ligne sans pièce est qualifiée non contrôlable, jamais conforme par défaut.
Les termes employés dans ce guide
| Terme | Définition |
|---|---|
| Attestation de conducteur | Document nominatif exigé pour un transport international effectué sous licence communautaire par un conducteur ressortissant d'un État tiers à l'Espace économique européen. |
| Constatation contradictoire | Examen de l'état de la marchandise fait ensemble par le destinataire et le transporteur au moment de la livraison. Elle change le régime de la preuve par la suite. |
| État récapitulatif | Document qui accompagne une lettre de voiture unique couvrant plusieurs chargements ou déchargements, et qui détaille les quantités par opération. |
| Lettre de voiture | Document qui constate le contrat de transport et accompagne la marchandise. Elle porte des mentions minimales fixées par arrêté pour le transport intérieur. |
| Lettre de voiture internationale | Document établi en trois exemplaires originaux, signés par l'expéditeur et le transporteur, pour les transports relevant de la convention relative au contrat de transport international de marchandises par route. |
| Lettre de voiture électronique | Équivalent électronique de la lettre de voiture internationale, prévu par un protocole additionnel à la convention, applicable entre parties qui y consentent et entre États qui y sont parties. |
| Preuve de livraison | Document ou donnée qui établit que la marchandise a été remise, à qui, quand et dans quel état. En transport routier, c'est l'exemplaire du document de transport signé à la livraison. |
| Protestation motivée | Notification écrite adressée au transporteur, qui expose la nature du dommage constaté. Une formule générale de précaution n'en est pas une. |
| Réserve | Mention portée sur le document de transport pour signaler un écart constaté, à la prise en charge par le transporteur ou à la livraison par le destinataire. Elle doit être précise et motivée. |
| Titre administratif de transport | Licence qui autorise l'exercice de l'activité. L'original reste au siège, une copie certifiée conforme se trouve à bord de chaque véhicule en circulation. |
| Unité de compte | Unité dans laquelle la convention internationale exprime le plafond d'indemnité, convertie en monnaie nationale selon les règles qu'elle prévoit. |
Elle vaut reconnaissance que la marchandise a été reçue dans l'état décrit au document de transport. En transport intérieur, la réception éteint toute action contre le transporteur pour avarie ou perte partielle si le destinataire n'a pas notifié sa protestation motivée dans les trois jours, jours fériés non compris, qui suivent celui de la réception. En transport international, l'absence de réserves fait présumer, jusqu'à preuve contraire, que la marchandise a été reçue dans l'état décrit à la lettre de voiture. Dans les deux cas, la signature sans réserve n'est pas une formalité : c'est le moment où la charge de la preuve change de camp.
Les textes exigent des réserves précises et motivées, et la convention internationale demande que les réserves indiquent la nature générale de la perte ou de l'avarie. Une formule générale de précaution, qui ne décrit aucun écart constaté, ne répond pas à cette exigence. La réserve utile nomme ce qui a été vu : un colis manquant sur douze, un emballage éventré sur une palette identifiée, une palette inclinée, un écart de température relevé à tel niveau. Le principe est simple à retenir : une réserve qui ne pourrait pas être contredite parce qu'elle ne dit rien ne prouve rien non plus.
Pour un transport international, la convention prévoit trois exemplaires originaux signés par l'expéditeur et par le transporteur : le premier est remis à l'expéditeur, le deuxième accompagne la marchandise, le troisième est retenu par le transporteur. Les signatures peuvent être imprimées ou remplacées par les timbres des parties si la législation du pays d'établissement le permet. Lorsque la marchandise doit être chargée dans des véhicules différents, ou qu'il s'agit d'espèces ou de lots distincts, chaque partie peut exiger autant de lettres de voiture que de véhicules ou de lots.
En transport intérieur, le contrat type général prévoit que le document de transport est établi par écrit ou sur tout support dématérialisé, et qu'il est complété au fur et à mesure de l'opération. En transport international, la lettre de voiture électronique repose sur un protocole additionnel à la convention, publié en France par décret : elle suppose l'accord des parties et l'adhésion des États concernés au protocole, ce qui se vérifie relation par relation. Par ailleurs, le règlement européen sur les informations électroniques relatives au transport de marchandises est applicable depuis le 21 août 2024, mais l'obligation pour les autorités compétentes d'accepter ces informations sous forme électronique via des plateformes certifiées ne prend effet qu'en 2027, et l'usage reste optionnel pour les entreprises.
Le transporteur établit le document et porte les éléments qui relèvent de son exécution : date d'établissement, son identification, date de prise en charge, horodatages, réserves à la prise en charge. L'expéditeur fournit les éléments relatifs à l'envoi : identités, adresses complètes de chargement et de déchargement, nature et conditionnement, nombre de colis, poids brut, instructions douanières. Cette répartition n'est pas administrative : en transport international, l'expéditeur répond des frais et dommages que supporterait le transporteur du fait de l'inexactitude ou de l'insuffisance des mentions qui lui incombent.
Tout véhicule exécutant en France un transport routier de marchandises doit être accompagné du titre administratif de transport requis, d'une lettre de voiture, le cas échéant du document justifiant la location du véhicule avec ou sans conducteur, de l'attestation de conducteur lorsqu'elle est exigée, et, en cas de cabotage, des éléments de preuve prévus par le règlement européen. S'y ajoutent les documents propres à la marchandise transportée, notamment le document de transport et les consignes écrites pour les matières dangereuses, ou l'attestation de conformité de l'engin pour les denrées périssables sous température dirigée.
Rien ne l'interdit, et le délai de paiement continue de courir. Mais l'absence de justificatif ne se traite pas comme la preuve d'une facturation indue : c'est un motif d'investigation, pas une anomalie confirmée. Le transporteur peut détenir la pièce sans l'avoir jointe. La bonne pratique consiste à traiter la ligne comme non contrôlable faute de pièce, à la signaler comme telle, et à ne jamais la valider par défaut comme conforme.
Le transporteur dispose d'une action directe en paiement de ses prestations contre l'expéditeur et le destinataire, qui sont garants du prix du transport, toute clause contraire étant réputée non écrite. Avoir payé son commissionnaire ne met donc pas automatiquement à l'abri d'une réclamation du transporteur qui a réellement exécuté. C'est une raison de plus de tracer sur le document quelle entreprise a exécuté l'opération, en particulier en sous-traitance.
Textes et conventions consultés
Vérifiés au 21 septembre 2026. Périmètre : transport routier de marchandises, intérieur et international. Le texte de la convention CMR a été lu dans sa version française publiée par l'Union professionnelle du transport et de la logistique, et vérifié article par article.
- Arrêté du 9 novembre 1999 relatif aux documents de transport ou de location devant se trouver à bord des véhicules de transport routier de marchandises : mentions minimales de la lettre de voiture, état récapitulatif, présentation aux agents de contrôle
- Code des transports, article R3411-13 : documents devant accompagner un véhicule exécutant en France un transport routier de marchandises
- Code des transports, articles L3222-1 et L3222-5 : charges d'énergie de propulsion sur la facture, document d'exécution mentionnant les heures d'arrivée et de départ et les prestations annexes effectuées
- Convention relative au contrat de transport international de marchandises par route, Genève, 19 mai 1956 : article 5 sur les exemplaires et les signatures, article 6 sur les mentions, article 7 sur la responsabilité de l'expéditeur, article 8 sur les vérifications et réserves, article 9 sur la force probante, article 23 sur le plafond d'indemnité, article 30 sur les réserves à la livraison, article 32 sur la prescription
- Code de commerce, article L133-3 : protestation motivée dans les trois jours, formes admises, inapplicabilité au transport international, nullité des clauses contraires
- Code de commerce, article L133-6 : prescription annale des actions nées du contrat de transport
- Code de commerce, article L132-8 : garantie de paiement du transporteur et action directe contre l'expéditeur et le destinataire
- Code de commerce, article L441-9 et article L441-10 : mentions obligatoires de la facture, délai de paiement spécifique au transport routier
- Décret n° 2017-461 du 31 mars 2017 : contrat type général, dont le document de transport sur support dématérialisé, les réserves à la livraison et les plafonds d'indemnité
- Décret n° 2017-1 du 3 janvier 2017 : publication du protocole additionnel à la convention CMR concernant la lettre de voiture électronique, signé à Genève le 20 février 2008
- Règlement (UE) 2020/1056 relatif aux informations électroniques relatives au transport de marchandises, et la page de suivi de sa mise en œuvre par la Commission européenne
- Ministère chargé des transports : réglementation du transport de marchandises dangereuses
- Arrêté du 1er juillet 2008 fixant les modalités du contrôle technique des engins de transport de denrées périssables
- Guide pratique de la facturation électronique, direction générale des finances publiques : calendrier de la réception et de l'émission obligatoires
Avertissement : ce guide présente une méthode de travail et le droit général à visée pédagogique. Il ne remplace pas l'analyse d'un contrat de transport, d'un document d'expédition ou d'un litige en cours par un professionnel du droit des transports.
Ces documents arrivent scannés, tamponnés, parfois manuscrits, et les champs qui comptent sont ceux que personne n'a le temps de ressaisir. C'est la partie que Mirage lit et pousse dans vos systèmes, champ par champ, en signalant ce qui est illisible plutôt qu'en le devinant.