GUIDE PRATIQUE / CONSTRUCTION

BPU, DQE et DPGF : différences et valeur contractuelle

La DPGF, le BPU et le DQE sont les trois pièces financières d'une offre de marché de travaux. La DPGF détaille un prix forfaitaire, payé quelles que soient les quantités exécutées. Le BPU fixe des prix unitaires, payés sur les quantités réellement exécutées. Le DQE multiplie ces prix par des quantités estimées pour comparer les offres. Le total de la DPGF engage l'entreprise ; celui du DQE ne l'engage pas.

Ce guide s'adresse à qui remet ou dépouille des offres de travaux : chiffrage et études de prix côté entreprise, maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'œuvre côté acheteur. Vous y trouverez ce que contient chacun des trois documents, qui le produit et à quel moment, et surtout lequel engage sur les prix, lequel engage sur les quantités et lequel ne sert qu'à comparer les offres. Comptez une vingtaine de minutes de lecture, et gardez la grille de contrôle de la section 5 ouverte à côté de votre prochain chiffrage.

Pour la DPGF seule, sa définition et un modèle à télécharger, voyez le guide de la DPGF ; pour la pièce technique dont elle découle, le guide du CCTP.

34 min de lectureMis à jour le 9 octobre 2026Rédigé par l'équipe Mirage
1. L'ESSENTIEL

Les trois documents, et ce que chacun engage

Les sigles d'abord, une fois pour toutes. La DPGF est la décomposition du prix global et forfaitaire. Le BPU est le bordereau des prix unitaires. Le DQE est le détail quantitatif estimatif. Les trois sont des pièces financières, et c'est à peu près tout ce qu'ils ont en commun.

La décomposition du prix global et forfaitaire ventile un forfait. Le maître d'ouvrage fournit un cadre, le candidat le remplit, et le total devient son offre financière pour un ouvrage décrit ailleurs, dans les pièces techniques.

Le bordereau des prix unitaires fixe des prix, pas des quantités. C'est une liste de prix par nature d'ouvrage, sans volume associé. Il devient une pièce du marché, et chacun de ses prix reste opposable pendant toute l'exécution.

Le détail quantitatif estimatif est un bordereau des prix unitaires plus une colonne de quantités, fournies par le maître d'ouvrage. Son seul rôle est de produire un total comparable d'une offre à l'autre.

D'où la question qui organise tout le reste, et à laquelle presque toutes les difficultés se ramènent : lequel engage sur quoi.

Ce que chacun des trois documents engage, sur les prix et sur les quantités.
DocumentEngage sur les prixEngage sur les quantitésCe que cela veut dire en pratique
Décomposition du prix global et forfaitaireOui, sur le prixNonLe total est votre offre financière pour un ouvrage décrit. Les quantités qu'elle porte sont votre traduction du forfait, pas un engagement du maître d'ouvrage.
Bordereau des prix unitairesOui, sur chaque prix unitaireNonChaque prix unitaire reste opposable pendant toute l'exécution, appliqué aux quantités réellement exécutées.
Détail quantitatif estimatifNonNon, mais ses quantités servent de référence aux écarts indemnisables (CCAG Travaux, article 16)Il fournit l'hypothèse de quantités qui sert à comparer les offres. Un juge a rappelé qu'un tel devis n'a pas de valeur contractuelle, sauf disposition contraire insérée dans le marché.

Source : Cour administrative d'appel de Bordeaux, 24 mai 2018, n° 16BX01333.

Le point que la plupart des sources escamotent
Aucun de ces trois documents n'est défini par le code de la commande publique. Ce sont des usages professionnels, solides et généralisés, mais des usages. Ce que le code définit, c'est la forme du prix : les prix sont soit unitaires, appliqués aux quantités réellement livrées ou exécutées, soit forfaitaires, appliqués à tout ou partie du marché indépendamment des quantités. Et ce que le cahier des clauses administratives générales travaux définit, ce sont deux objets différents des trois ci-dessus, avec lesquels on les confond régulièrement : la décomposition d'un prix forfaitaire et le sous-détail d'un prix unitaire, qui interviennent en exécution. Le tableau de la section suivante sépare les cinq.

Source : Code de la commande publique, article R2112-6.

Ce guide traite de la portée contractuelle des pièces de prix. Il ne refait pas deux exercices voisins déjà publiés : la lecture d'un dossier de consultation pièce par pièce et la production d'un métré vérifiable à partir des plans. Les trois se lisent dans cet ordre : lire le dossier, établir les quantités, puis remplir la pièce de prix. La méthode complète de réponse est dans le guide pour répondre à un appel d'offres de travaux.

Le vrai poids du DQE en exécution

Le détail quantitatif estimatif n'est pas payé, mais ses quantités deviennent la référence des écarts. Dans un marché de travaux à prix unitaires qui se réfère au CCAG Travaux 2021, si une nature d'ouvrage augmente de plus d'un tiers ou diminue de plus d'un quart par rapport aux quantités du détail estimatif, du fait d'ordres de service ou de circonstances qui ne sont ni de la faute ni du fait du titulaire, celui-ci a droit à être indemnisé en fin de compte du préjudice que ces changements lui ont causé (article 16.2). L'indemnité porte sur l'écart au-delà de ces seuils, et le préjudice reste à prouver. Le mécanisme ne joue pas pour les natures d'ouvrage dont les montants au détail estimatif et au décompte final sont l'un et l'autre inférieurs à 5 % du montant du marché, ni dans les accords-cadres à bons de commande (article 16.4), ni si le CCAP y déroge. Les prix du bordereau sans quantité au détail estimatif n'ouvrent droit à indemnité que si le montant total des travaux exécutés à ces prix dépasse 5 % du montant du marché.

Source : Cahier des clauses administratives générales travaux 2021, article 16.

Lecture des seuils, quantités seules. Une nature d'ouvrage « déblais en terrain ordinaire » est portée à 1 200 m³ au détail estimatif et pèse plus de 5 % du marché. L'indemnisation devient possible si la quantité exécutée dépasse 1 600 m³ (un tiers de plus) ou tombe sous 900 m³ (un quart de moins), pour une cause non imputable au titulaire. Le test se fait nature d'ouvrage par nature d'ouvrage, pas sur le total du marché. Pour bâtir le détail estimatif lui-même, le modèle de DQE à remplir sous Excel reprend cette structure.

2. CORRESPONDANCE

Les cinq objets, leur phase, leur producteur et leur portée

C'est le tableau à mettre en favori. Il porte cinq lignes et non trois, parce que les deux objets du cahier des clauses administratives générales appartiennent à la même famille et se présentent sous des noms presque identiques. La colonne de droite est celle qui coûte de l'argent quand on l'ignore.

Tableau de correspondance des cinq pièces de prix : phase, producteur, contenu, portée contractuelle et risque principal.
DocumentPhaseQui le produitCe qu'il contientPortée contractuelleRisque principal qu'il porte
Décomposition du prix global et forfaitaireConsultation, puis pièce du marchéLe candidat, sur un cadre fourni par le maître d'ouvrageLe prix forfaitaire ventilé poste par poste, avec quantités et prix unitaires de ventilationContractuelle pour le prix totalUn poste décrit au cahier des clauses techniques et absent d'ici reste dû, sans être payé à part
Bordereau des prix unitairesConsultation, puis pièce du marchéLe candidat, sur un cadre fourniUne liste de prix unitaires par nature d'ouvrage, sans quantitéContractuelle pour les prix unitairesUn prix unitaire déséquilibré engage pour toute la durée du marché
Détail quantitatif estimatifConsultation uniquementLe maître d'ouvrage, qui fournit les quantités estiméesLe bordereau des prix unitaires plus une colonne de quantités estimées, et un totalNon contractuelle, sauf stipulation contraire du marchéDes quantités reprises sans vérification faussent votre plan de charge, pas votre prix
Décomposition d'un prix forfaitaire au sens du cahier des clauses administratives généralesExécutionLe titulaire, à la demande du maître d'ouvragePour chaque ouvrage, la quantité et le prix unitaire, plus les pourcentages de frais généraux, d'impôts et de margeContractuelle si elle figure parmi les pièces du marchéSa non-production dans le délai fixé bloque le paiement du premier acompte qui suit
Sous-détail d'un prix unitaire au sens du cahier des clauses administratives généralesExécutionLe titulaire, à la demande du maître d'ouvrageLes déboursés directs détaillés, puis frais généraux, impôts et marge en pourcentagesContractuelle si elle figure parmi les pièces du marchéElle ouvre vos coûts de production au maître d'ouvrage, ce qui change la négociation des travaux supplémentaires

Source : Cahier des clauses administratives générales travaux 2021, article 9 ; guide de l'Observatoire économique de la commande publique, « Le prix dans les marchés publics », version 2023.

Une lecture de ce tableau mérite d'être explicitée. Les deux dernières lignes n'existent que si le marché se réfère au cahier des clauses administratives générales travaux, ce qui est fréquent mais jamais automatique. Et elles n'ont pas le même effet sur vous : la décomposition d'un prix forfaitaire expose une ventilation, le sous-détail d'un prix unitaire expose une structure de coût, déboursés directs compris. Le second change la négociation de tout travail supplémentaire, puisque le maître d'ouvrage connaît désormais vos taux.

Le sous-détail sert trois fois. Le règlement de la consultation peut l'exiger à l'offre ; l'acheteur le demande souvent pour justifier un prix qui paraît anormalement bas ; et le CCAG Travaux 2021 l'impose pour tout prix nouveau unitaire, la décomposition jouant le même rôle pour un prix nouveau forfaitaire (article 13). Une entreprise qui tient ses sous-détails à jour répond aux trois sans recalcul ; pour passer du déboursé sec au prix de vente, le calculateur de coefficient de vente refait le calcul.

Source : Cahier des clauses administratives générales travaux 2021, article 13.

Prix unitaire et unité d'œuvre ne sont pas la même chose. Un taux horaire de main-d'œuvre est une unité de compte, pas le prix d'une prestation : deux entreprises peuvent passer un nombre d'heures différent sur le même ouvrage, et celle dont le taux horaire est le plus bas n'est pas forcément la moins chère. Un BPU de travaux bien construit fixe ses prix à l'ouvrage élémentaire (m³ de déblai, ml de bordure posée, unité de regard), pas à l'heure.

Source : marche-public.fr, fiche « DQE ».

3. FORME DU PRIX

Quel document pour quel type de marché

La pièce de prix attendue découle de la forme du prix, et non du type d'ouvrage. Le code de la commande publique n'en connaît que deux, souvent combinées dans le même marché quand l'objet le justifie.

Rattachement des pièces de prix au type de marché et au mode de règlement.
Type de marchéForme du prixPièce de prix attendueCe qui se règle à l'exécution
Marché à prix global et forfaitairePrix forfaitaire, appliqué à tout ou partie du marché indépendamment des quantités exécutéesDécomposition du prix global et forfaitaireLe forfait, quelles que soient les quantités réellement mises en œuvre
Marché à prix unitairesPrix unitaires appliqués aux quantités réellement livrées ou exécutéesBordereau des prix unitaires, accompagné d'un détail quantitatif estimatif pour comparer les offresLes quantités constatées multipliées par les prix unitaires du bordereau
Accord-cadre exécuté par bons de commandePrix unitairesBordereau des prix unitaires, et détail quantitatif estimatif pour la comparaisonChaque bon de commande précise celles des prestations dont l'exécution est demandée et en détermine la quantité, sans négociation ni remise en concurrence
Marché mixteLes deux formes combinées dans le même marchéDécomposition pour la part forfaitaire, bordereau pour la part variableDeux régimes de règlement dans le même contrat, qui ne doivent pas se recouvrir

Source : Code de la commande publique, article R2112-6 ; article R2162-13 et article R2162-14.

La conséquence pratique se joue sur le risque de quantité, et il change de camp. En prix global et forfaitaire, l'entreprise porte le risque : si la quantité réelle dépasse celle qu'elle a retenue pour construire son forfait, le forfait ne bouge pas. En prix unitaires, le maître d'ouvrage porte le risque de volume : il paie ce qui est exécuté. C'est pour cette raison que les contrôles à mener avant remise ne sont pas les mêmes selon la forme du prix, et que reprendre un métré sans le vérifier n'a pas du tout la même gravité d'un cas à l'autre.

Le cas du marché mixte
Un marché peut combiner les deux formes : une part forfaitaire pour les prestations permanentes, des prix unitaires pour les prestations occasionnelles. Le contrôle supplémentaire à mener est alors celui du recouvrement : une prestation qui figure à la fois dans la part forfaitaire et dans le bordereau sera soit payée deux fois, soit contestée deux fois, et dans les deux cas la discussion arrive en cours de chantier. Le texte qui le permet est l'article R2112-6 lui-même : un prix forfaitaire peut s'appliquer à « tout ou partie » du marché. Le Conseil d'État admet aussi qu'un même marché réunisse des prestations à bons de commande et des prestations à prix ferme, à condition que les deux soient clairement distinguées (CE, 29 octobre 2010, n° 340212, SMAROV).

La même question, posée par situation de chantier

La question à poser est simple : l'acheteur peut-il définir la consistance de l'ouvrage, en contenu et en quantité, au moment de la consultation ? Si oui, forfait et DPGF. Si non, prix unitaires, BPU et DQE. Le guide des prix de la DAJ juge le forfait inadapté aux ouvrages dont la réalisation présente des aléas techniques importants.

Quelle forme de prix et quelles pièces financières selon la situation de chantier.
SituationForme de prixPièces financières à remettre
Bâtiment neuf en lots séparés, plans arrêtésForfaitaireActe d'engagement et DPGF par lot
Réhabilitation avec un existant mal connuMixte : forfait sur l'identifié, prix unitaires sur les reprisesDPGF et BPU (avec DQE si les reprises sont notées)
Fondations sur sol incertain, superstructure définieMixte : fondations au prix unitaire, superstructure au forfaitBPU et DQE pour les fondations, DPGF pour la superstructure
Entretien de voirie ou de réseaux sur plusieurs annéesUnitaire, accord-cadre à bons de commandeBPU et DQE, publié ou masqué
Maintenance d'équipements techniquesMixte : préventif au forfait, correctif au prix unitairePrix forfaitaire décomposé et BPU
Terrassements et VRD au volume dépendant du terrainUnitaireBPU et DQE
Marché privé de bâtimentForfait (article 1793 du Code civil) ou métré (NF P03-001)Offre forfaitaire décomposée, ou bordereau de prix unitaires et devis quantitatif

Dans un accord-cadre à bons de commande, le suivi des minimums, maximums et bons émis décide de ce que le BPU rapporte vraiment, et ses prix se révisent sur plusieurs années : réviser un prix unitaire avec les index BT et TP. À l'exécution, les postes d'une situation de travaux reprennent ceux de la DPGF ou les prix du BPU. Côté marché public, la page répondre aux marchés publics de travaux regroupe le reste ; au Maroc, la même logique tient en une seule pièce, le bordereau des prix - détail estimatif.

Et en marché privé ?

En marché privé de bâtiment, la norme NF P03-001 (version d'octobre 2017) joue le rôle de cahier des clauses générales, à condition que le marché la signe ou la rende applicable. Elle distingue quatre types de marché : à prix global et forfaitaire, au métré (des prix unitaires appliqués aux quantités exécutées, l'équivalent du BPU), sur dépenses contrôlées, et mixte. Le forfait privé est en outre encadré par l'article 1793 du Code civil : pas de supplément pour des changements ou augmentations qui n'ont pas été autorisés par écrit, avec un prix convenu avec le propriétaire. La jurisprudence admet une autre sortie : le paiement sans réserve des travaux supplémentaires vaut acceptation non équivoque.

Source : Code civil, article 1793 ; Cour de cassation, 3e chambre civile, 29 mai 2013, n° 12-17.715.

4. LA CHAÎNE

Des plans à la pièce de prix

Une pièce de prix est le dernier maillon d'une chaîne à quatre termes : les plans montrent, le cahier des clauses techniques particulières prescrit, le métré quantifie, la pièce de prix valorise. Chaque maillon se contrôle contre le précédent, et les deux contrôles les plus rentables sont ceux que l'on fait dans les deux sens. Le rapprochement entre le CCTP et la pièce de prix est détaillé dans le guide vérifier la cohérence entre CCTP et DPGF.

Un poste existe aux pièces techniques et pas dans la pièce de prix

C'est l'asymétrie coûteuse. En marché à prix global et forfaitaire, le forfait rémunère l'ouvrage décrit par les pièces techniques, et non la liste des lignes que le cadre de décomposition contient. Une prestation prescrite au cahier des clauses techniques et absente du cadre reste donc à exécuter : elle n'a simplement aucune recette en face. L'erreur de raisonnement consiste à lire l'absence de ligne comme une absence de prestation, alors qu'elle signale une absence de prix.

En marché à prix unitaires, le même écart se traite différemment : une nature d'ouvrage prescrite sans prix au bordereau devra faire l'objet d'un prix nouveau en cours d'exécution, ce qui est une négociation, pas une perte sèche. La gravité de l'écart dépend donc de la forme du prix, ce qui est une raison de plus de lire la section précédente avant celle-ci.

La seule réponse utile pendant la consultation
Une question écrite, posée dans le délai fixé par le règlement de la consultation, dont la réponse est communiquée à tous les candidats. Corriger le cadre soi-même expose l'offre à être écartée sur la forme, et chiffrer en silence revient à accepter le risque sans le facturer. L'analyse automatique du DCE repère ces écarts avant la date limite des questions. Le cas est traité en détail, avec un exemple commenté, dans le guide sur l'analyse d'un dossier de consultation.

Une ligne existe dans la pièce de prix et pas aux pièces techniques

Le sens inverse est moins spectaculaire et tout aussi piégeux. Une ligne sans définition technique a deux explications possibles, qui appellent des réponses opposées. Soit la ligne est résiduelle, héritée d'un cadre précédent, et elle sera sans objet. Soit sa définition existe ailleurs, dans un plan, une coupe, un autre article, et son contenu réel est plus large que son intitulé. Chiffrer sur l'intitulé seul, c'est parier sur la première hypothèse sans l'avoir vérifiée. Le contrôle de cohérence entre CCTP et plans fait ce rapprochement dans les deux sens.

Les quantités du dossier ne correspondent pas à votre métré

Ce troisième écart est le plus fréquent, et sa lecture dépend une fois encore de la forme du prix. En prix global et forfaitaire, un écart de quantité est un écart de prix : c'est votre métré qui doit servir de base, la quantité du cadre n'étant qu'une indication. En prix unitaires, l'écart ne change pas votre prix unitaire, mais il change le volume d'affaires que vous attendez, donc votre plan de charge, et parfois votre classement si la simulation du maître d'ouvrage repose sur des quantités que vous jugez irréalistes. La méthode de métré vérifiable est traitée dans son propre guide, et le métré automatique relié à chaque plan source la produit sur un dossier réel.

Vérifier ou ne pas toucher aux quantités : deux décisions de 2025 tracent la ligne. Quand les quantités sont imposées par l'acheteur, l'entreprise qui les modifie remet une offre irrégulière (CAA Lyon, 16 janvier 2025, n° 23LY03563). Quand le CCAP impose de vérifier les quantitatifs et que l'entreprise ne le fait pas, le maître d'œuvre reste responsable des surfaces erronées, mais la faute du titulaire réduit son indemnisation, de 30 % dans l'espèce (CAA Lyon, 30 janvier 2025, n° 23LY03969). En pratique : quantités imposées, on ne les modifie pas et on signale l'écart par question écrite ; vérification exigée, on la fait et on la trace. Le tableau de métré rapprochable du cadre sert de preuve dans les deux cas.

Et pendant l'exécution

La chaîne ne s'arrête pas à la remise de l'offre. Lorsque la décomposition d'un prix forfaitaire ou le sous-détail d'un prix unitaire ne figure pas parmi les pièces contractuelles et que les pièces particulières ne prévoient pas sa production, elle peut être demandée par ordre de service, avec un délai qui ne peut être inférieur à vingt jours. Et son absence, lorsqu'elle est due dans un délai déterminé, empêche la mise en œuvre du paiement du premier acompte suivant l'échéance. Autrement dit, la pièce de prix la plus négligée du dossier est aussi celle qui peut bloquer votre trésorerie.

Les travaux supplémentaires sans ordre de service. En marché public de travaux à prix global et forfaitaire, le titulaire qui exécute des travaux supplémentaires à la demande, y compris verbale, du maître d'ouvrage ou du maître d'œuvre a droit à leur paiement, même sans ordre de service ; ceux qu'il réalise de sa propre initiative ne sont payés que s'ils étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art (CE, 17 mars 2025, n° 491682). Même non contractuels, les prix d'unité d'une DPGF servent alors de base pour négocier les prix nouveaux, qui se contestent dans un délai de 30 jours : une décomposition chiffrée avec des prix d'unité incohérents se paie au premier avenant. Le circuit est détaillé dans prix nouveaux, avenants et ordres de service, et les situations de travaux établies à partir du BPU et des attachements en sont la suite.

Source : Cahier des clauses administratives générales travaux 2021, article 9.3.

5. AVANT LA REMISE

La grille de contrôle avant remise d'offre

Douze contrôles, dans l'ordre où ils se mènent. Les cinq premiers portent sur le contenu, les quatre suivants sur les calculs, les trois derniers sur la forme du rendu. Aucun n'exige d'outil particulier, et les faire dans cet ordre évite de recalculer trois fois.

Grille de contrôle avant remise d'offre : douze contrôles, leur mode opératoire et ce que chacun détecte.
ContrôleComment le faireCe qu'il attrape
Lignes non chiffréesFiltrer la colonne de prix sur les cellules vides et sur les zéros, avant tout calcul de totalLe motif d'écartement le plus banal, et le seul qui soit entièrement évitable
Unités incohérentesComparer l'unité de chaque ligne avec la définition du poste au cahier des clauses techniques, pas avec son intituléUn prix au mètre linéaire là où le poste se mesure au mètre carré, soit un écart d'un ordre de grandeur
Quantités reprises sans vérificationRapprocher chaque quantité de votre propre métré et écrire l'écart, poste par posteLes écarts de quantité, qui décident du plan de charge en prix unitaires et du prix en forfaitaire
Postes absents du cadre mais décrits aux pièces techniquesLire le cahier des clauses techniques article par article et cocher la ligne de prix correspondanteLes prestations dues et non payées, le risque le plus coûteux en prix global et forfaitaire
Postes présents au cadre et absents des pièces techniquesFaire le contrôle dans l'autre sens, et poser une question écrite pendant la consultationLes lignes dont le contenu réel est plus large que l'intitulé ne le laisse croire
Options et prestations supplémentaires éventuellesVérifier qu'elles sont isolées du total de base et qu'aucune n'est intégrée par mégardeUn total de base gonflé par une prestation optionnelle, donc une offre perdue sur le prix
VariantesContrôler que la variante est présentée séparément et qu'elle respecte les exigences minimales du dossierUne variante fondue dans l'offre de base, qui rend les deux inexploitables
Totaux qui ne se recomposent pasRecalculer chaque sous-total à la main sur au moins un lot, puis le total généralLes erreurs de plage de formule, qui survivent à toutes les relectures visuelles
ArrondisComparer les valeurs affichées et les valeurs réelles, et fixer une règle d'arrondi uniqueDes écarts de quelques centimes par ligne qui deviennent visibles sur le total
Prix symboliques ou à zéroLes repérer et vérifier qu'ils sont admis par le règlement de la consultationUn poste à zéro peut être interprété comme non chiffré, donc comme une offre incomplète
Cohérence avec le mémoire techniqueVérifier que les moyens annoncés dans le mémoire correspondent aux postes chiffrésLes contradictions entre les deux pièces, que les commissions relèvent volontiers
Format de fichier renduRendre le cadre dans le format demandé, structure inchangée, et vérifier l'ouverture sur un autre posteLes formules cassées et les cellules déplacées, qui transforment un chiffrage juste en offre illisible

Sur les options, les prestations supplémentaires éventuelles et les variantes, une précision de vocabulaire évite bien des erreurs de total. Une prestation supplémentaire éventuelle est définie par l'acheteur et peut être ajoutée au marché à la signature : elle n'a rien à faire dans le total de base. Une variante est une solution alternative, dont le régime d'autorisation dépend de la procédure et dont les exigences minimales doivent figurer dans les documents de la consultation. Confondre les deux conduit soit à gonfler l'offre de base, soit à présenter une variante que rien n'identifie comme telle.

Source : Code de la commande publique, article R2151-8.

Le contrôle que presque personne ne fait
Le contrôle inverse, celui de la cinquième ligne : partir du cahier des clauses techniques et cocher, article par article, la ligne de prix qui le couvre. Les onze autres contrôles partent du cadre de prix et vérifient qu'il est complet et juste ; seul celui-là détecte ce qui manque au cadre. C'est aussi le seul qui protège du risque le plus lourd en marché forfaitaire. Le vérificateur de cohérence entre CCTP et DPGF le fait sur un dossier, et la lecture assistée du CCTP article par article en décrit la méthode.

La décision qui sanctionne chaque erreur

Dans les décisions récentes, les offres écartées pour leurs pièces financières le sont surtout pour une incohérence entre documents, rarement pour le niveau de prix.

Erreurs sur les pièces de prix et décision de justice qui les sanctionne.
ErreurPièceConséquenceRéférence
Modifier des quantités imposées par l'acheteurDPGFOffre irrégulièreCAA Lyon, 16 janvier 2025, n° 23LY03563
Ne pas vérifier les quantitatifs alors que le CCAP l'exigeDPGFIndemnisation réduite en cas d'erreur du maître d'œuvre (30 % laissés à l'entreprise dans l'espèce)CAA Lyon, 30 janvier 2025, n° 23LY03969
Chiffrer dans le mémoire technique une prestation qui manque à la DPGFDPGFOffre incomplète, écartéeTA Lille, 10 juillet 2025, n° 2505793
Omettre des tableaux de décomposition exigés par le RCDPGFOffre irrégulière, à écarter plutôt qu'à noter zéroCAA Bordeaux, 5 mai 2021, n° 19BX00259
Lignes vides renvoyant à des annexesBPUOffre irrégulièreCAA Versailles, 7 novembre 2023, n° 20VE01545
Rendre en PDF un cadre exigé en tableurBPU, DQEOffre irrégulièreTA Montpellier, 29 octobre 2020, n° 2004498
Prix à 0 € non expliquésBPU, DQEOffre irrégulière pour ambiguïtéTA Besançon, 17 janvier 2023, n° 2202100
Prix différents au DQE pour une ligne unique au BPUBPU, DQEOffre irrégulière quand la correction change le prix (+ 10 % dans l'espèce)TA Nantes, 14 août 2026, n° 2615550
Taux de TVA erronéOffreCorrigé après une demande de précision au candidat, ce que le juge admetCE, 24 novembre 2023, n° 476301
Total de la DPGF différent de l'acte d'engagementDPGF, AERégularisation possible, sans modifier les caractéristiques substantielles de l'offreCode de la commande publique, article R2152-2
6. CÔTÉ ACHETEUR

Détecter un prix unitaire déséquilibré

Le mécanisme est simple à décrire et difficile à voir sur un tableau de dépouillement. Le détail quantitatif estimatif fixe des quantités estimées. Un candidat qui anticipe que la quantité réelle d'un poste dépassera largement l'estimation gonfle le prix unitaire de ce poste et baisse les autres. Le total de la simulation reste compétitif, donc il obtient la meilleure note sur le critère prix, et le règlement réel dérive à la hausse pendant l'exécution.

La simulation elle-même est parfaitement admise. Le Conseil d'État a jugé que l'acheteur qui évalue le montant des offres en multipliant les prix unitaires proposés par des quantités prévues ne recourt pas à un sous-critère, mais à une simple méthode de notation destinée à apprécier les offres au regard du critère du prix, et qu'il n'est donc pas tenu d'informer les candidats qu'il y recourra. Ce qui n'est pas admis, en revanche, c'est de traiter le total de cette simulation comme un engagement : le devis quantitatif estimatif n'a pas de valeur contractuelle, sauf disposition contraire insérée dans le marché.

Source : Conseil d'État, 2 août 2011, n° 348711 ; Cour administrative d'appel de Bordeaux, 24 mai 2018, n° 16BX01333.

Cinq contrôles côté maître d'ouvrage pour détecter un prix unitaire déséquilibré.
ContrôleComment le faireCe qu'il révèle
Rang par poste contre rang au totalClasser les candidats poste par poste, puis comparer avec le classement au totalUn candidat premier au total et dernier sur les postes à forte incertitude de quantité
Sensibilité du classement aux quantitésRejouer la simulation en faisant varier les quantités des postes les plus incertainsUn classement qui s'inverse dès que les quantités bougent, c'est-à-dire une notation fragile
Écart entre prix unitaire et estimation interneComparer chaque prix unitaire à votre propre estimation, dans les deux sensLes postes volontairement sous-évalués et ceux volontairement gonflés, qui vont souvent par paires
Postes à quantité nulle ou symbolique au détail estimatifLes repérer avant publication du dossier, car ils ne pèsent rien dans la comparaisonLes prix unitaires qu'aucune notation ne contrôle, et qui seront pourtant appliqués en exécution
Cohérence de la structure de coûtDemander le sous-détail des prix unitaires sur les postes douteuxUne marge négative assumée sur un poste, qui annonce une demande de travaux supplémentaires
La confusion à ne pas faire avec l'offre anormalement basse
Un poste sous-évalué dans une offre dont le total est cohérent n'est pas une offre anormalement basse. Celle-ci se définit par un prix manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché : elle s'apprécie sur l'offre, pas sur une ligne. L'acheteur doit mettre en œuvre tous les moyens dont il dispose pour la détecter, demander au candidat des précisions et des justifications, et ne la rejeter qu'après avoir examiné les justifications reçues. Un déséquilibre entre postes relève d'un autre traitement : la méthode de notation, la rédaction du cahier des clauses administratives particulières, et le cas échéant la demande du sous-détail des prix unitaires.

Source : Code de la commande publique, article L2152-5 et article L2152-6 ; articles R2152-3 à R2152-5.

Une mesure de prévention vaut mieux que ces cinq contrôles réunis : soigner les quantités du détail quantitatif estimatif avant publication. Un poste dont la quantité estimée est nulle ou symbolique ne pèse rien dans la comparaison, alors que son prix unitaire sera appliqué en exécution. C'est la porte d'entrée la plus large du déséquilibre, et elle se ferme au stade de la rédaction du dossier.

Le chantier masqué

Le chantier masqué est un détail estimatif fictif, non communiqué aux candidats, que l'acheteur utilise pour noter le prix. Le Conseil d'État l'admet lorsque le scénario est tiré au sort parmi plusieurs commandes fictives avant l'ouverture des plis et appliqué à tous les candidats (CE, 16 novembre 2016, n° 401660). L'objectif est d'empêcher les entreprises de baisser les seuls prix pondérés et de charger les autres. Conséquence pour le chiffreur : chaque ligne du BPU doit être défendable, pas seulement celles du DQE publié.

Ce que le juge regarde dans le DQE de l'acheteur

  • Noter le prix en additionnant les prix unitaires sans tenir compte des quantités prévisibles est censuré quand cela gonfle le poids des prix rarement appliqués (CE, 13 novembre 2020, n° 439525, Commune de Perpignan). C'est précisément pour l'éviter qu'on associe un DQE au BPU.
  • À l'inverse, quand le critère prix ne compare que les prix unitaires, sans pondération par les quantités, des quantités irréalistes au DQE ne rendent pas la notation irrégulière (CE, 5 juin 2026, n° 512130).
  • Un DQE peut ne reprendre qu'une partie des prix s'il correspond aux commandes réellement constatées sur une période significative (TA Bastia, 20 janvier 2025, n° 2401598).
  • Modifié en cours de consultation, il doit être communiqué aux candidats pour qu'ils puissent ajuster leurs prix (CAA Lyon, 4 décembre 2014, n° 13LY03213).
  • Les informations de volume connues du seul titulaire sortant faussent la concurrence (CE, 12 juillet 2019, n° 429782).
  • L'acheteur ne peut pas compléter lui-même un BPU incomplet à partir du DQE : l'offre incomplète est irrégulière (CE, 25 mars 2013, n° 364824).

Avant de comparer des offres de sous-traitants sur ces mêmes pièces, il faut les ramener au même périmètre.

Vos prix unitaires restent confidentiels
Une fois le marché signé, le prix global de l'offre retenue est communicable ; le détail des prix ne l'est pas. Selon la CADA, la DPGF et le DQE ne sont communicables à aucun tiers, entreprises évincées comme attributaire, au titre du secret des affaires (alors appelé secret en matière commerciale et industrielle). Un concurrent ne peut donc pas obtenir vos prix unitaires par une demande d'accès aux documents.

Source : CADA, avis n° 20163022 du 21 juillet 2016 ; CE, 30 mars 2016, n° 375529.

7. LE FORMAT

Les problèmes de tableur qui font perdre du temps aux deux parties

Ce sont des difficultés matérielles, sans intérêt intellectuel, et elles consomment pourtant une part considérable du temps de dépouillement. Elles ont toutes la même cause : un fichier conçu pour être lu par un humain et traité par une formule, sans que personne n'ait tranché lequel des deux prime.

Neuf problèmes de format tableur sur un cadre de décomposition, ce que chacun casse et la règle à appliquer.
ProblèmeCe qu'il casseCe qu'il faut faire
Numérotation des postes modifiéeLe rapprochement automatique entre les offres et le cadre d'origineConserver la numérotation telle quelle, y compris ses anomalies
Cellules fusionnéesLe tri, le filtre et toute lecture automatisée du fichierNe jamais fusionner dans un cadre à rendre, et signaler les fusions déjà présentes dans le cadre reçu
Colonnes ajoutées ou suppriméesLes formules du maître d'ouvrage et la comparaison colonne par colonneAjouter les notes de travail dans un onglet séparé, jamais dans le tableau rendu
Ordre des postes modifiéToute comparaison ligne à ligne entre les offresTrier pour travailler, puis restaurer l'ordre d'origine avant de rendre
Lignes inséréesLes plages de formule du total, qui n'incluent pas les nouvelles lignesPoser la question par écrit plutôt que d'ajouter une ligne dans un cadre imposé
Formules remplacées par des valeursLa vérification de la recomposition des totauxGarder les formules quand le cadre en contient, et vérifier qu'elles pointent la bonne plage
Unités saisies dans la cellule de quantitéTout calcul, la cellule devenant du texteLaisser l'unité dans sa colonne et ne mettre qu'un nombre dans la colonne de quantité
Cadre diffusé en PDF seulementLe chiffrage, qui repasse par une ressaisie manuelle et ses fautes de frappeDemander la version tableur pendant la consultation, la demande profite à tous les candidats
Fichier protégé ou verrouilléLa saisie elle-même, parfois découverte la veille de la remiseOuvrir le cadre dès réception du dossier, et pas la semaine de la remise

La règle qui résume les neuf lignes tient en une phrase : le cadre reçu est un formulaire, pas un document de travail. Travaillez sur une copie, autant que vous voulez, puis reportez vos prix dans le cadre d'origine et rendez-le tel qu'il vous a été remis, structure comprise. Quand le règlement de la consultation impose de le rendre inchangé, toute modification de structure devient un motif d'écartement sur la forme, indépendant de la qualité du prix.

8. LES ERREURS

Les erreurs qui coûtent le plus cher

Chacune est décrite par son mécanisme puis par sa conséquence, sans chiffre : l'enjeu dépend du marché, et un pourcentage posé ici serait recopié ailleurs comme une référence.

Erreur 1

Reprendre les quantités du dossier sans les vérifier

Mécanisme. Le cadre arrive prérempli en quantités. Elles sont plausibles, la date de remise approche, et elles passent telles quelles dans le chiffrage.

Conséquence. En marché forfaitaire, l'écart de quantité est un écart de prix, et il est intégralement à votre charge. En marché à prix unitaires, il ne touche pas votre prix mais votre plan de charge, et vous découvrez en exécution que le volume attendu n'existe pas.

Erreur 2

Lire l'absence de ligne comme une absence de prestation

Mécanisme. Une prestation est décrite au cahier des clauses techniques mais n'a pas de ligne dans le cadre de décomposition. Le chiffrage suit le cadre, qui fait office de liste des travaux.

Conséquence. En prix global et forfaitaire, la prestation reste due, puisque le forfait rémunère l'ouvrage décrit. Elle s'exécute sans recette correspondante, et le moment où cela se découvre est le moment où il est trop tard pour le dire.

Erreur 3

Traiter le détail quantitatif estimatif comme un engagement de volume

Mécanisme. Le total du détail estimatif sert de base au plan de charge, au dimensionnement des équipes et parfois aux engagements pris auprès des fournisseurs.

Conséquence. Le détail estimatif ne garantit aucun volume. En accord-cadre à bons de commande, un volume réel inférieur à l'estimation n'ouvre aucun recours de ce seul fait. En marché de travaux à prix unitaires qui se réfère au CCAG Travaux, l'article 16 prévoit une indemnisation du préjudice quand une nature d'ouvrage s'écarte de plus d'un tiers en hausse ou d'un quart en baisse des quantités du détail estimatif, pour une cause non imputable au titulaire. Dans les deux cas, les engagements pris en amont auprès des fournisseurs restent à honorer.

Erreur 4

Laisser se recouvrir la part forfaitaire et la part unitaire d'un marché mixte

Mécanisme. Une même prestation figure dans la décomposition forfaitaire et au bordereau des prix unitaires, souvent parce que les deux pièces ont été remplies par des personnes différentes.

Conséquence. Soit la prestation est payée deux fois et l'écart se découvre au contrôle des situations, soit elle est refusée deux fois et la discussion s'ouvre en cours de chantier. Dans les deux cas le sujet se traite en réunion et non au bureau d'études.

Erreur 5

Ne pas isoler les options et les variantes du total de base

Mécanisme. Les prestations supplémentaires éventuelles sont chiffrées dans la continuité du cadre, et leur montant se retrouve dans le total général.

Conséquence. Le total de base devient plus élevé qu'il ne devrait, et l'offre se compare défavorablement à celles qui ont respecté la séparation. C'est une offre perdue sur le prix sans que le prix ait été mal construit.

Erreur 6

Modifier la structure du cadre imposé

Mécanisme. Une colonne de notes est ajoutée, une ligne insérée, la numérotation corrigée, les postes réordonnés pour faciliter le travail, et le fichier est rendu dans cet état.

Conséquence. Quand le règlement de la consultation impose un cadre inchangé, l'offre s'expose à être écartée sur la forme. C'est l'issue la plus frustrante d'un chiffrage juste, et la plus facile à éviter.

Erreur 7

Laisser le BPU et le DQE se contredire

Mécanisme. Un prix unitaire est saisi d'une façon au BPU et d'une autre au DQE, ou une multiplication, une addition ou un report est faux. C'est l'erreur la plus fréquente d'une offre à prix unitaires.

Conséquence. Si le règlement de la consultation prévoit que le BPU prévaut pour les erreurs purement matérielles, l'acheteur rectifie le DQE et fait confirmer l'offre. Même alors, il ne peut pas corriger seul le montant quand le candidat confirme son total. Et une correction qui change le prix au fond n'est plus une erreur matérielle : le juge apprécie au cas par cas si elle modifie les caractéristiques substantielles de l'offre.

Source : Erreur 7 : TA Grenoble, 7 juillet 2023, n° 2303979 ; CAA Lyon, 5 janvier 2012, n° 10LY01425 ; TA Pau, 5 août 2024, n° 2401810 (correction de plus de 10 % jugée régulière) ; TA Nantes, 14 août 2026, n° 2615550 (correction de 10 % jugée substantielle).

9. CHECKLIST

À vérifier, côté entreprise puis côté acheteur

Côté entreprise, avant de chiffrer

  • La forme du prix est identifiée, forfaitaire, unitaire ou mixte.
  • Le règlement de la consultation dit si le cadre doit être rendu inchangé.
  • Le devenir de la pièce de prix parmi les pièces du marché est connu.
  • Le marché se réfère ou non au cahier des clauses administratives générales travaux.
  • La liste des prestations supplémentaires éventuelles et des variantes est isolée.
  • Le cadre s'ouvre, ses formules sont intactes, et il existe en version tableur.
  • La date limite des questions écrites est notée, séparément de la date de remise.

Côté entreprise, avant de remettre

  • Aucune ligne n'est vide et aucun zéro n'est involontaire.
  • Chaque unité correspond à la définition du poste, pas à son intitulé.
  • Chaque quantité a été rapprochée de votre métré et les écarts sont écrits.
  • Le contrôle inverse a été fait, des pièces techniques vers le cadre de prix.
  • Les sous-totaux et le total ont été recalculés hors du fichier.
  • Les options et variantes sont hors du total de base.
  • La structure du cadre est identique à celle reçue.
  • Le fichier a été ouvert sur un autre poste avant envoi.

Côté acheteur, avant publication puis au dépouillement

  • Les quantités du détail estimatif sont réalistes et aucune n'est nulle ou symbolique.
  • Le cadre diffusé s'ouvre, n'est pas protégé, et sa structure supporte un tri.
  • La méthode de notation du prix est décidée avant réception des offres.
  • Le classement est testé sur des variations de quantités par poste.
  • Les prix unitaires sont comparés poste par poste à l'estimation interne.
  • Le sous-détail des prix unitaires est demandé sur les postes douteux.
  • Une offre qui paraît anormalement basse fait l'objet d'une demande de justifications avant toute décision.
10. GLOSSAIRE

Les termes employés dans ce guide

Glossaire des pièces de prix et des notions de la commande publique employées dans ce guide.
TermeDéfinition
Accord-cadre à bons de commandeAccord-cadre dont l'exécution passe par des bons de commande : chaque bon précise celles des prestations décrites dont l'exécution est demandée et en détermine la quantité, sans négociation ni remise en concurrence.
Bordereau des prix unitairesListe des prix unitaires par nature d'ouvrage, sans quantité. Pièce contractuelle : les prix restent opposables pendant l'exécution.
Cahier des clauses administratives généralesDocument type approuvé par arrêté, applicable au marché lorsque celui-ci s'y réfère. La version travaux de 2021 définit le contenu des prix, la décomposition d'un prix forfaitaire et le sous-détail d'un prix unitaire.
Décomposition du prix global et forfaitaireVentilation poste par poste d'un prix forfaitaire, remise par le candidat sur un cadre fourni. Son total est l'offre financière.
Décomposition d'un prix forfaitaireObjet distinct du précédent, défini par le cahier des clauses administratives générales travaux : pour chaque ouvrage, la quantité, le prix unitaire, et les pourcentages de frais généraux, d'impôts et de marge.
Détail quantitatif estimatifBordereau des prix unitaires auquel le maître d'ouvrage ajoute une colonne de quantités estimées, pour comparer les offres. Sans valeur contractuelle, sauf stipulation contraire du marché.
Chantier masquéDétail estimatif fictif, non communiqué aux candidats et tiré au sort avant l'ouverture des plis, qui sert à noter le prix.
Marché au métréEn marché privé (NF P03-001), le marché payé en appliquant des prix unitaires aux quantités réellement exécutées : l'équivalent du BPU.
Nature d'ouvrageAu sens de l'article 16 du CCAG Travaux 2021, l'ensemble des ouvrages auxquels s'applique un même prix forfaitaire de la décomposition ou un même prix unitaire du détail estimatif.
Offre anormalement basseOffre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché. Elle s'apprécie sur l'offre, pas sur un poste isolé.
Prestation supplémentaire éventuellePrestation définie par l'acheteur, qu'il peut décider d'ajouter au marché à la signature. Elle doit être isolée du total de base.
Prix forfaitairePrix appliqué à tout ou partie du marché indépendamment des quantités livrées ou exécutées.
Prix unitairePrix appliqué aux quantités réellement livrées ou exécutées.
Unité d'œuvreUnité de compte, comme l'heure de main-d'œuvre, qui ne donne pas à elle seule le prix d'une prestation.
Sous-détail d'un prix unitaireDécomposition interne d'un prix unitaire : déboursés directs détaillés, puis frais généraux, impôts et marge en pourcentages.
VarianteSolution alternative proposée par le candidat ou imposée par l'acheteur. Son régime d'autorisation dépend de la procédure, et le dossier doit indiquer les exigences minimales à respecter.
11. LES TEXTES

Le cadre juridique en un tableau

Aucun texte ne définit la DPGF, le BPU ou le DQE : le code définit la forme du prix, le CCAG Travaux ce qui se passe en exécution, et le droit privé a ses propres règles.

Les textes applicables aux pièces de prix et ce que chacun dit.
TexteCe qu'il dit pour la DPGF, le BPU ou le DQE
Code de la commande publique, article R2112-6Les prix sont soit unitaires, appliqués aux quantités réellement livrées ou exécutées, soit forfaitaires, appliqués à tout ou partie du marché quelles que soient les quantités. « Tout ou partie » fonde le marché qui combine les deux.
Code de la commande publique, article R2151-15L'acheteur peut exiger tout document permettant d'apprécier l'offre : c'est la base de la DPGF détaillée et du DQE, qu'aucun texte ne nomme.
Code de la commande publique, articles R2152-1 et R2152-2Offres irrégulières et régularisation, sans modifier les caractéristiques substantielles : le cadre de la correction d'une discordance entre BPU et DQE.
CCAG Travaux 2021, article 13Prix nouveaux des travaux supplémentaires ou modificatifs, fixés provisoirement par ordre de service, avec un sous-détail (prix unitaire) ou une décomposition (prix forfaitaire).
CCAG Travaux 2021, articles 14 et 15Augmentation et diminution du montant des travaux.
CCAG Travaux 2021, article 16Nature d'ouvrage ; indemnité au-delà d'un tiers en plus ou d'un quart en moins des quantités du détail estimatif ; hors accords-cadres à bons de commande.
Avis CADA n° 20163022 du 21 juillet 2016La DPGF et le DQE de l'offre retenue ne sont communicables à aucun tiers, entreprises évincées ou attributaire ; le prix global l'est.
Norme NF P03-001 (octobre 2017)Cahier des clauses générales des marchés privés de bâtiment ; s'applique seulement si le marché la signe ou la rend applicable.
Code civil, article 1793Marché privé à forfait : pas d'augmentation de prix pour des changements ou augmentations non autorisés par écrit, avec un prix convenu avec le propriétaire.
FAQ
Quelle est la différence entre un BPU et un DQE ?

Le BPU fixe les prix unitaires et il est contractuel. Le DQE reprend ces prix, les multiplie par des quantités estimées par l'acheteur et sert à comparer les offres ; il n'est pas contractuel, sauf stipulation contraire.

Quelle est la différence entre une DPGF et un BPU ?

La DPGF détaille un prix forfaitaire, payé quelles que soient les quantités réellement exécutées. Le BPU fixe des prix unitaires, payés sur les quantités constatées. Le choix dépend de la forme de prix retenue par l'acheteur (article R2112-6 du Code de la commande publique).

Que se passe-t-il si le BPU et le DQE ne concordent pas ?

Si le règlement de la consultation prévoit que le BPU prévaut pour les erreurs purement matérielles, l'acheteur rectifie le DQE et fait confirmer l'offre. Si la correction modifie le prix au fond, l'offre peut être écartée comme irrégulière ; le juge apprécie au cas par cas.

Qu'est-ce qu'un chantier masqué ?

Un DQE fictif, non communiqué aux candidats et tiré au sort avant l'ouverture des plis, utilisé pour noter le prix. Le Conseil d'État l'admet (CE, 16 novembre 2016, n° 401660). Il oblige à défendre chaque ligne du BPU.

Un concurrent peut-il obtenir mon BPU ou ma DPGF ?

Non. Selon la CADA (avis n° 20163022), le détail des prix de l'offre retenue n'est communicable à aucun tiers, attributaire compris ; le prix global l'est.

Ces pièces existent-elles en marché privé ?

Oui, sous d'autres règles. La norme NF P03-001 distingue le marché à prix global et forfaitaire, le marché au métré (des prix unitaires appliqués aux quantités exécutées), le marché sur dépenses contrôlées et le marché mixte. Le forfait privé relève aussi de l'article 1793 du Code civil.

Peut-on automatiser le remplissage d'une DPGF ou d'un BPU ?

Les quantités, oui : un agent peut les extraire des plans, remplir la trame reçue et relier chaque ligne à sa source. Les prix restent une décision de l'équipe chiffrage, et la régularité de l'offre (format, complétude, TVA) une relecture humaine.

Le détail quantitatif estimatif engage-t-il le maître d'ouvrage sur les quantités ?

Non. Une cour administrative d'appel l'a formulé sans ambiguïté : un devis quantitatif estimatif n'a pas de valeur contractuelle et peut seulement servir à des comparaisons de tarifs, sauf disposition contraire insérée dans le marché. Concrètement, les quantités qu'il affiche sont une hypothèse de travail destinée à noter le critère prix. Un titulaire qui constate un volume réel inférieur n'a pas de recours de ce seul fait en accord-cadre à bons de commande. En marché de travaux à prix unitaires soumis au CCAG Travaux, l'article 16 ouvre en revanche droit à indemnité au-delà d'un tiers en plus ou d'un quart en moins sur une nature d'ouvrage, si l'écart ne vient ni de sa faute ni de son fait.

La décomposition du prix global et forfaitaire est-elle contractuelle ?

Son total l'est, puisque c'est votre offre financière. La question utile porte sur ses lignes : elles décomposent un forfait, elles ne le remplacent pas. En marché à prix global et forfaitaire, le prix rémunère l'ouvrage décrit par les pièces techniques. Une ligne oubliée dans la décomposition ne retire donc pas la prestation du périmètre, elle la rend simplement non payée. Le règlement de la consultation précise ce que la décomposition devient exactement parmi les pièces du marché, et cela se lit avant de chiffrer.

Une prestation décrite au cahier des clauses techniques mais absente de la décomposition est-elle due ?

En marché à prix global et forfaitaire, oui, et c'est le piège le plus coûteux du chiffrage. Le forfait couvre l'ouvrage tel que les pièces techniques le décrivent, pas la liste des lignes que le cadre de décomposition contient. Une prestation décrite et non chiffrée est une prestation à exécuter sans recette correspondante. La seule réponse pendant la consultation est une question écrite, adressée dans les délais, dont la réponse est communiquée à tous les candidats.

Peut-on modifier le cadre de décomposition fourni par le maître d'ouvrage ?

Le règlement de la consultation le dit, et il faut le lire à la lettre. Beaucoup de règlements imposent de rendre le cadre inchangé : ajouter une colonne, insérer une ligne, renuméroter ou réordonner les postes devient alors un motif d'écartement sur la forme, indépendant de la qualité du prix. Quand le cadre est manifestement incomplet, la voie n'est pas de le corriger mais de poser une question écrite pendant la consultation.

Quelle différence entre la décomposition du prix global et forfaitaire et la décomposition d'un prix forfaitaire du cahier des clauses administratives générales ?

Ce sont deux objets distincts, et les confondre fait perdre du temps de part et d'autre. La première est une pièce de l'offre, remise pendant la consultation sur un cadre fourni, et son total est le prix proposé. La seconde est définie par le cahier des clauses administratives générales travaux et intervient en exécution : elle donne, pour chaque ouvrage, la quantité et le prix unitaire, ainsi que les pourcentages de frais généraux, d'impôts et de marge. La seconde ouvre votre structure de coût, la première non.

Un prix unitaire très élevé sur un seul poste rend-il l'offre anormalement basse ?

Non, et l'inverse non plus. L'offre anormalement basse s'apprécie sur l'offre dans son ensemble : elle suppose un prix manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché. Un poste gonflé compensé par d'autres postes sous-évalués ne relève pas de ce mécanisme mais de la construction de l'offre, que l'acheteur traite par sa méthode de notation et par les clauses du marché. Lorsque l'offre elle-même paraît anormalement basse, l'acheteur demande des précisions et des justifications, et ne la rejette qu'après les avoir examinées.

Que se passe-t-il si la décomposition n'est pas remise dans le délai fixé en exécution ?

Le cahier des clauses administratives générales travaux prévoit que l'absence de production de la décomposition d'un prix forfaitaire ou du sous-détail d'un prix unitaire, lorsque ce document doit être produit dans un délai déterminé, empêche la mise en œuvre du paiement du premier acompte suivant l'échéance. Lorsque le document ne figure pas parmi les pièces contractuelles et que les pièces particulières ne prévoient pas sa production, il peut être demandé par ordre de service, et le délai laissé au titulaire ne peut alors être inférieur à vingt jours.

SOURCES

Textes, jurisprudence et guides consultés

Vérifiés au 9 octobre 2026. Périmètre : marchés de travaux relevant du code de la commande publique, et le marché privé de bâtiment pour comparaison. Ce guide ne contient aucun prix : il porte sur la portée contractuelle des pièces, et un prix d'illustration y serait recopié ailleurs comme une référence. Les seuils cités sont ceux des textes, et le seul exemple chiffré porte sur des quantités. Les décisions sont liées en place dans le texte ; celles qui n'ont pu être retrouvées n'ont pas été reprises.

Avertissement : ce guide présente une méthode de travail et le droit général à visée pédagogique. Il ne remplace pas l'analyse d'un dossier de consultation, d'un marché ou d'un litige en cours par un professionnel du droit des marchés publics.

POUR ALLER PLUS LOIN

L'équipe reçoit la trame vierge du DCE et ses plans. Mirage lit la trame telle qu'elle arrive (tableur, PDF natif ou scanné), extrait les quantités des plans, remplit chaque poste et relie chaque quantité à l'endroit du plan dont elle vient. Le chiffreur garde la main sur les prix : Mirage ne crée aucun prix unitaire, il reprend la bibliothèque de prix de l'entreprise ou laisse la colonne à compléter.

Ce que Mirage fait sur chaque pièce de prix, et ce que l'équipe chiffrage garde.
PièceCe que Mirage faitCe que l'équipe garde
DPGFRemplit les quantités poste par poste depuis le métré ; signale chaque écart entre la quantité pré-remplie par la maîtrise d'œuvre et le métré, avec la référence du plan et sa révisionLa décision (question écrite si les quantités sont imposées, correction si la vérification est exigée) et les prix
BPUStructure les lignes et unités reçues ; reprend les prix de la bibliothèque de l'entreprise si elle est fournieLe niveau de prix et la stratégie face à un détail estimatif publié ou masqué
DQERapproche chaque ligne du détail estimatif du BPU et du métré source ; fait ressortir les écarts de quantité qui joueront au-delà d'un tiers en plus ou d'un quart en moins en exécutionL'arbitrage commercial sur ces écarts

Les lignes non chiffrées, options, variantes, totaux, prix à zéro, cohérence avec le mémoire technique et format de rendu restent une relecture de l'équipe, facilitée par un cadre déjà rempli et sourcé. En production chez OCBM, où chaque quantité remonte à son plan, et chez John Cockerill, dont le métré est passé de 3-4 jours à quelques heures.